La COVID-19 menace d’aggraver la malnutrition dans le monde entier

sept. 01, 2021
LECTURE DE 10-MINUTES
Au cours des derniers mois, la pandémie de COVID-19 s’est trouvée au centre des préoccupations de la plupart des Canadiens et Canadiennes, entre les gros titres et la couverture médiatique quotidienne, tandis que les gouvernements du monde luttaient pour limiter ses répercussions.

Alors que le monde entier dirige ses efforts sur les effets directs de la COVID-19 (infections, décès et conséquences des confinements), le risque d’augmentation du taux de malnutrition chez les enfants est bien réel, en particulier dans les pays à faible revenu et à revenu intermédiaire, avec des répercussions potentiellement désastreuses et durables sur la santé, le bien-être et la stabilité mondiale de demain. 

La nutrition et l’insécurité alimentaire

L’accès à une bonne alimentation est un droit de la personne. Toute personne devrait pouvoir en bénéficier, quels que soient son genre, son âge, sa situation géographique, son origine ethnique ou ses revenus. Elle est également primordiale pour vivre longtemps et en bonne santé. L’adoption d’une alimentation riche en nutriments appropriés dès le plus jeune âge constitue la base d’un bon état de santé à long terme, du bon développement du cerveau et d’un système immunitaire résistant. Chaque dollar investi dans la nutrition d’un enfant atteindra la valeur d’environ 30 $ au fil de sa vie (article en anglais), car cela lui permettra de continuer à aller à l’école et de trouver un emploi mieux rémunéré par la suite, contribuant ainsi fortement à l’économie du pays. 

Un enfant souffrant de malnutrition n’est pas en mesure de bénéficier de la bonne combinaison de nutriments et d’énergie nécessaires à sa bonne santé et à son bien-être. Cela peut parfois découler d’excès alimentaires et engendrer des problèmes d’obésité ou d’autres soucis de santé en raison du surpoids. Cependant, le plus souvent, la malnutrition (article en anglais) survient lorsque les enfants ne sont pas en mesure d’accéder aux aliments nécessaires à une alimentation saine.  Lorsque la malnutrition est prise en charge à temps, ses effets à long terme peuvent être prévenus. Si elle n’est pas traitée, les enfants risquent de ne pas grandir correctement (retard de croissance) ou de perdre un poids considérable (dépérissement). 

Un grand nombre d’enfants souffre de malnutrition causée par l’insécurité alimentaire (article en anglais), c’est-à-dire lorsque leur communauté ne dispose pas d’un approvisionnement en nourriture stable et suffisant pour garantir l’apport en nourriture nécessaire.
 
Une femme sud-soudanaise mesure le tour de bras d’un bébé dans les bras de sa mère.
Rahab Kimani, gestionnaire de projets en nutrition de Vision Mondiale au Soudan du Sud, mesure la circonférence du bras de la petite Farida, une méthode couramment utilisée pour évaluer l’état de nutrition d’un enfant. Photo : Scovia Faida Charles


La malnutrition constituait déjà un problème majeur avant la pandémie. En 2019, un enfant sur cinq dans le monde souffrait de malnutrition, et près de la moitié des décès d’enfants de moins de cinq ans avaient été attribués à la malnutrition.  

L’Afrique de l’Est a connu des vagues répétées de criquets pèlerins (article en anglais), dévastant les récoltes et aggravant de ce fait l’insécurité alimentaire, tandis que des centaines de milliers de personnes se sont trouvées déplacées, et des millions d’autres privées d’une nutrition adéquate et d’un accès à la nourriture (article en anglais) en raison des conflits et de l’instabilité dans la région du Sahel. 

La COVID-19 a entraîné une augmentation spectaculaire de l’insécurité alimentaire à l’échelle mondiale, en raison des confinements, de la fermeture de programmes de soutien nutritionnels et de la perturbation des marchés et des chaînes d’approvisionnement. Certaines familles n’ont pas assez de nourriture chez elles pour survivre à un confinement. Sans emploi, les revenus se font plus maigres et les moyens pour acheter des aliments nutritifs plus rares. Les marchés où les membres des communautés achetaient fruits et légumes ont fermé en raison d’un approvisionnement insuffisant. Ces problèmes se retrouvent aujourd’hui dans le monde entier : de nombreux enfants canadiens sont aujourd’hui confrontés à de tels enjeux.
 
Un homme achète de la nourriture à une femme sur un marché de Beni, en République démocratique du Congo.
Les marchés comme celui-ci sont désormais fermés. Photo : Brett Tarver

Les répercussions

À court terme, les enfants mal nourris seront certainement plus vulnérables aux maladies et plus susceptibles de contracter la COVID-19 ou de ne pas y survivre. La malnutrition est l’un des principaux facteurs de risque de tuberculose (article en anglais). Elle rend également un enfant neuf fois plus susceptible de décéder de maladies comme la pneumonie qu’un enfant bien nourri. Les conséquences de la malnutrition sur les fonctions respiratoires pourraient donc être similaires à celles de la COVID-19. 

À long terme, les progrès réalisés à l’échelle mondiale pour lutter contre la malnutrition pourraient être compromis. Dans notre rapport intitulé Aftershocks (article en anglais), nous avons analysé les effets à long terme de l’épidémie d’Ebola en Afrique de l’Ouest. Tout comme la COVID-19, cette maladie infectieuse a entraîné la saturation des systèmes de santé déjà sous pression. Rien que dans trois pays, plus de 28 000 personnes ont été infectées et plus de 11 000 sont mortes avant la fin de l’épidémie, en juin 2016.

En Sierra Leone, la flambée d’Ebola a limité les possibilités de dépister la malnutrition, ce qui a contribué à une augmentation de 2 % d’une forme de malnutrition particulièrement grave à la fin de l’épidémie. Même si le dépistage au sein des communautés a pu reprendre son cours, seul un quart des enfants a pu bénéficier d’un traitement contre la malnutrition (article en anglais), laissant les autres exposés aux retards de croissance et risques accrus de développer des maladies infectieuses.  Si des augmentations similaires devaient être observées suite à la COVID-19, jusqu’à 5 millions d’enfants supplémentaires pourraient souffrir de malnutrition dans 24 des pays hautement prioritaires de l’ONU. 

Nous ne pouvons pas nous permettre de laisser cela se produire et devons veiller à ce que les enfants et leurs familles soient correctement nourris, protégés et en mesure de faire face aux répercussions de la COVID-19 sur leurs communautés. 

Que fait Vision Mondiale?

Depuis des décennies, Vision Mondiale lutte contre la malnutrition dans le monde entier. Nous travaillons en partenariat avec le Programme alimentaire mondial (PAM) afin de fournir une aide alimentaire aux personnes qui en ont besoin, de mettre en place des programmes communautaires de surveillance et d’éducation à la nutrition, de s’attaquer aux causes de l’insécurité alimentaire en créant des potagers communautaires et en mettant les agriculteurs en relation avec les marchés, et d’offrir aux femmes des opportunités dans le domaine de l’agriculture. 

La COVID-19 a rendu ce travail difficile, mais nous sommes décidés à ne pas reculer. À l’échelle mondiale, Vision Mondiale a mis en œuvre un plan d’intervention de 350 millions de dollars américains pour lutter contre les répercussions du virus. À ce jour, nous avons pu aider 36 millions de personnes et nous comptons en aider 36 millions de plus, dont la moitié sont des enfants. 

Nous fournissons de l’argent, des bons alimentaires, une aide alimentaire ainsi que des colis aux personnes isolées ou qui ne sont pas en mesure de se procurer la nourriture dont elles ont besoin. Nous continuons à œuvrer aux côtés de nos partenaires mondiaux, comme la PAM, afin de garantir que les personnes les plus vulnérables aient accès à une nourriture riche en nutriments en protégeant les chaînes d’approvisionnement fondées sur les marchés, mais aussi en veillant à ce que les personnes travaillant dans le domaine agricole puissent continuer leur activité. Lorsque cela n’est pas possible, nous nous efforçons de faire en sorte que les chaînes d’approvisionnement humanitaire en denrées alimentaires restent ouvertes et ne se trouvent pas bloquées par des conflits ou une situation instable.
  
Une femme vénézuélienne se tient debout avec ses deux enfants.
À Manta, en Équateur, Katiuska Garcia (42 ans) et ses enfants, Fernanda (14 ans) et Ángel Santiago (8 ans), ont reçu un bon en argent de la part de Vision Mondiale. Cela aidera cette famille migrante vénézuélienne à surmonter les difficultés économiques engendrées par le confinement et les mesures de distanciation physique mises en place pour lutter contre la propagation de la COVID-19. Photo : Chris Huber


De plus, notre réseau de plus de 220 000 agents de santé communautaires, pasteurs, dirigeants religieux et travailleurs de première ligne diffusent des informations essentielles sur les façons de prévenir la COVID-19, afin de renforcer et protéger les services de santé existants tout en veillant à ce que les familles et les enfants continuent d’être sensibilisés à la nutrition et de bénéficier de soutien. Nos agents de santé communautaires animent des formations sur WhatsApp, WeChat, des applications de jeu mobiles et des émissions de radio afin de garantir la sensibilisation de tous. 

Parmi ces agents de santé communautaires et dirigeants religieux, nombre d’entre eux ont également contribué à l’éradication du virus Ebola dans de nombreux pays d’Afrique. Ils ont été témoins de ses répercussions et sont prêts à lutter contre la COVID-19 pour le bien-être et la santé des enfants de leurs communautés, tout comme nous.

Que devrait faire le Canada?

La COVID-19 touche un grand nombre de Canadiens et Canadiennes, de façon directe, comme ceux et celles qui ont contracté la maladie, ou bien indirecte, en raison des confinements et des pertes d’emploi. Toutefois, il est important de se rappeler que nous pouvons répondre aux besoins urgents du Canada tout en soutenant des actions internationales. Nous devons mettre un terme à la propagation du virus et empêcher ses répercussions indirectes, comme la malnutrition et l’insécurité alimentaire, de nuire durablement aux enfants et à leur famille, ici et dans le monde entier. Nous voulons que les gouvernements de pays comme le Canada continuent de fournir une assistance internationale afin de contribuer à la protection des communautés vulnérables. 

C’est au moyen d’interventions à l’échelle locale et mondiale que nous pourrons éviter une catastrophe humanitaire encore plus importante qui pourrait toucher des millions de personnes. C’est ça, l’esprit canadien.

Caroline Marshall est coauteure du rapport Aftershocks de Vision Mondiale (article en anglais), qui détaille les possibles répercussions indirectes de la COVID-19 sur les enfants. Elle travaille dans le domaine de la santé publique depuis plus de dix ans, notamment lors de la dernière pandémie de H1N1, et possède une maîtrise en santé publique de l’Université du Queensland, en Australie.

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