Répercussions de la COVID-19 sur la précarité des enfants dans le monde

mars 11, 2021
TEMPS DE LECTURE : 8 MINUTES
Le 11 mars 2021 marque le premier anniversaire du jour où l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) a qualifié l’épidémie de coronavirus de pandémie. À la date du 11 mars 2021, plus de 117 millions de personnes avaient été contaminées par la COVID-19 et plus de 2,6 millions de personnes en étaient décédées dans le monde.

Ces statistiques sont suffisantes pour nous faire réfléchir, mais la pandémie de COVID-19 menace également l’atteinte des Objectifs de développement durable (ODD), sur lesquels nous travaillons depuis 20 ans. Les répercussions pourraient être catastrophiques, notamment pour les enfants.  

La COVID-19 et la précarité des enfants au Canada

Malgré sa prospérité, le Canada compte toujours des enfants vivant dans la pauvreté.

Avant la pandémie, en 2018, Statistique Canada avait déclaré que le taux de pauvreté chez les enfants dans le pays était de 8,2 %, soit une baisse importante par rapport à 2015, où il était de 13,3 %. Ces dernières années, le nombre d’enfants touchés par la pauvreté au Canada a diminué d’un demi-million.

Mais la pandémie est venue freiner ces progrès.

Nous le constatons dans les nouvelles toutes les semaines. Des milliers de Canadiens ont perdu leur emploi et les écoles ont été fermées pendant très longtemps. Un nouveau rapport sur la pauvreté chez les enfants en Alberta a mis en évidence que le taux de chômage record dans cette province avait conduit à une hausse de l’insécurité alimentaire de 19,6 % pour les ménages avec des enfants. Et selon les rapports du journal The Lancent, dans les pays riches comme le Canada, la fermeture des écoles est « susceptible de creuser l’écart d’apprentissage entre les enfants issus de familles à faibles revenus et ceux issus de familles à plus hauts revenus. »

Cela est difficile à supporter, sans oublier que 890 698 Canadiens ont été contaminés par le virus et que 22 276 en sont décédés.

La COVID-19 et la pauvreté chez les enfants dans les pays en développement

Dans les pays en développement et dans les pays à faible revenu, la situation est plus complexe. Avant la pandémie, 47 % des enfants à travers le monde vivaient déjà dans une situation de pauvreté multidimensionnelle, c’est-à-dire sans accès à des services de santé, à l’éducation, à l’eau potable, à des services sanitaires, à une alimentation adaptée et à un logement.
 
Trois enfants éthiopiens sont assis à côté d’un mur jaune avec leur mère
Birtukan, 12 ans (à gauche) vit avec sa mère et ses deux petits frères et sœurs à 125 km à l’est d’Addis-Abeba, en Éthiopie. 23 000 personnes de sa région sont touchées par les pénuries de nourriture engendrées par la pandémie de COVID-19 et ont besoin d’une assistance alimentaire immédiate. Vision Mondiale Éthiopie œuvre pour s’assurer que des familles comme la sienne obtiennent ce dont elles ont besoin. Continuez à lire pour en savoir plus sur son histoire. Photo : Aklilu Kassaye

Depuis 1990, le nombre d’enfants mourant de causes évitables telles que la faim et les maladies a diminué de plus de 50 %. Grâce à nos efforts collectifs en tant que communauté internationale, nous avons progressé à grands pas vers un monde plus sécuritaire, plus sain et plus équitable.
 
Mais à cause de la COVID-19, ces avancées durement acquises sont menacées.

La pandémie a engendré la plus grande récession mondiale depuis les années 1930. L’extrême pauvreté a augmenté pour la première fois depuis 22 ans et le chômage est grimpé en flèche. La Banque mondiale prévoit que la COVID-19 plongera 150 millions de personnes dans l’extrême pauvreté en 2021, dont la moitié seront des enfants.   
 
Nos recherches nous avertissent des répercussions prolongées et potentiellement catastrophiques de la COVID-19 sur les enfants du monde entier.
  • 30 millions d’enfants en plus risquent de tomber malades ou de mourir à cause des effets secondaires de la pandémie.
  • 85 millions d’enfants risquent de subir des violences, notamment les filles, et 13 millions de mariages d’enfants additionnels risquent d’avoir lieu (quatre millions dans les prochaines années).
  • 19 millions de personnes, dont 10 millions d’enfants, sont menacées par la famine, en raison des conflits, de la crise économique et des catastrophes naturelles liées aux changements climatiques.
  • En Asie uniquement, 8 millions d’enfants sont contraints de travailler, car leurs familles ont perdu leurs moyens de subsistance.
  • En Afrique subsaharienne, un million de filles supplémentaires pourraient ne jamais retourner à l’école.

Quelles sont les mesures d’intervention de Vision Mondiale?

Il y a un an, nous avons lancé l’intervention d’urgence la plus importante de notre histoire. Couvrant plus de 70 pays, notre programme implique 400 000 dirigeants religieux et 150 000 bénévoles de santé communautaires de premières lignes afin d’aider 72 millions de personnes, dont 36 millions d’enfants.

Un jeune garçon au Myanmar se lave les mains avec un tippy-tap
Un jeune garçon au Myanmar se lave les mains avec un tippy-tap (robinet à bascule).
En association avec les communautés locales et ses organisations partenaires, Vision Mondiale sensibilise à l’importance du lavage de mains, du port du masque et de la distanciation physique pour limiter la progression de la COVID-19. (Photo : Saw Moo Kale)

Nos priorités comprennent :
  1. Freiner la progression du virus en informant les communautés sur le lavage de mains, la distanciation physique et le port du masque, ainsi que sur les fournitures dont elles ont besoin pour se protéger.
  2. Renforcer les systèmes de santé locaux en formant des bénévoles de santé communautaire et en fournissant des équipements de protection individuelle au personnel médical.
  3. Aider les enfants touchés par la fermeture des écoles due à la COVID-19 en leur fournissant des ressources éducatives, des informations sur la protection des enfants, une aide alimentaire, l’accès à l’eau potable, et en aidant leurs parents à joindre les deux bouts.
L’année dernière, nous avons aidé plus de 59 millions de personnes, dont 25,4 millions d’enfants. Et chaque seconde, nous offrons protection et soutien à un nouvel enfant.

Joshua, Équateur

Un garçon se tient à côté d’un hamac devant une maison

Joshua, un enfant équatorien parrainé âgé de 11 ans, est endeuillé par la perte de son père, Jimberth. Alors que la pandémie était à son apogée, la santé de Jimberth, qui souffrait de diabète, s’est soudainement détériorée.

« Son état s’est aggravé tout à coup. Il paraissait très faible et n’avait même pas la force de marcher », explique Nancy, la mère de Joshua. « Alors nous l’avons emmené dans une clinique, mais ils n’ont pas voulu s’occuper de lui. Nous nous sommes donc rendus dans un hôpital et c’est à ce moment-là que c’est arrivé… Il a fait une crise cardiaque. »

Nancy fait tout ce qu’elle peut pour s’occuper de sa famille et subvenir à ses besoins en ces temps incertains. Joshua et son frère Carlos mettent la main à la pâte pour aider leur mère à remplacer Jimberth dans leur petite exploitation de cacao.

Le deuil causé par la perte de ce père tant aimé rend leur quotidien difficile.

Joshua garde de nombreux merveilleux souvenirs de son père. « Il était toujours à mes côtés. Parfois, il lavait les voitures, d’autres fois, il se reposait dans le hamac, il regardait la télé ou il m’accompagnait au terrain de soccer.

Après cette tragédie, les bénévoles de Vision Mondiale ont rendu visite à la famille de Joshua pour leur apporter un soutien émotionnel. La famille a également reçu de la nourriture et des fournitures éducatives, comme des livres, pour aider Joshua à poursuivre sa scolarité. Grâce à ses parrains et marraines canadiens, Joshua peut utiliser la technologie pour communiquer virtuellement avec ses enseignants et ses camarades de classe.

Sufian, Inde

Un adolescent portant un masque est assis par terre et écrit dans un carnet

Sufian, 14 ans, a perdu son père Suleiman à cause du coronavirus, mais pas de la façon que l’on pourrait croire. Suleiman était un patient sous dialyse et avait perdu son emploi en usine au début du confinement. Grâce à Vision Mondiale Inde, qui a aidé sa famille en payant ses frais hospitaliers, ses médicaments et ses frais de transport, Suleiman a pu continuer à recevoir les soins dont il avait besoin.

Puis, il a malheureusement fait partie des nombreuses personnes contaminées par la COVID-19 dans son quartier très densément peuplé.

Lorsqu’il est sorti de l’hôpital après sa guérison, il n’a pas réussi à trouver un centre de santé qui acceptait les patients dialysés ayant contracté la COVID-19. Les hôpitaux et les cliniques craignaient que Suleiman soit toujours contagieux ou qu’il soit contaminé une nouvelle fois par d’autres patients positifs.

La mère de Sufian a contacté de nombreux centres, mais aucun ne voulait s’occuper de lui. Suleiman est décédé une semaine plus tard.

« Mon père était très protecteur. Son amour me manque… C’est ça qui me manque le plus : à quel point il nous aimait, ma mère, mes frères et sœurs et moi, » raconte-t-il.

Sufian est un enfant parrainé et le personnel de Vision Mondiale Inde fait tout son possible pour l’aider, lui et sa famille, à faire face aux défis à venir.

Birtukan, Éthiopie

Une jeune fille éthiopienne se tient devant un mur en terre

Birtukan, 12 ans, vit avec sa mère, Shewaye, et ses deux frères et sœurs à 125 km à l’est d’Addis-Abeba, en Éthiopie. Avant, sa mère, veuve, gagnait sa vie en cuisinant des injeras (pains plats éthiopiens) pour les hôtels de la région et en offrant des services de blanchisserie. Mais depuis le début de la pandémie, le travail se fait rare. Elle peine à payer le loyer et à nourrir sa famille. Birtukan a de la peine pour sa mère.

« Nous sommes dans une situation très difficile », nous confie Birtukan. « Nous ne mangeons pas assez. Notre mère se lève très tôt tous les jours et elle part chercher un travail pour nous nourrir. Elle porte ma sœur sur son dos et nous laisse, moi et mon petit frère, à la maison. Nous ne mangeons pas de petit déjeuner et attendons qu’elle rentre avec du pain en début d’après-midi. 

« Quand mon frère a faim, il pleure. Je vais de maison en maison pour demander de la nourriture pour lui. C’est une expérience déchirante. Je suis triste et inquiète de voir notre mère lutter pour nous nourrir. »

Vision Mondiale Éthiopie a pu fournir une aide alimentaire à 292 foyers et des semences à 166 foyers de la communauté de Birtukan, y compris à la famille de Birtukan. Mais 23 000 personnes de sa région sont toujours touchées par des pénuries de nourriture en raison de la pandémie de COVID-19 et ont besoin d’une aide alimentaire immédiate.

Ahmad, Liban

Un garçon syrien porte un masque et se tient devant une tente

Ahmad, 14 ans, est un réfugié et vit depuis sept ans dans la plaine de la Bekaa au Liban. Il fait partie des 880 414 réfugiés enregistrés du pays, dont la plupart ont fui la guerre en Syrie. À tout juste sept ans, il a fui sa ville natale de Daraa, dans le sud de la Syrie, avec sa famille. 

« Je ne me souviens pas beaucoup de ma vie là-bas, mais mes parents m’ont dit que nous vivions bien mieux », raconte Ahmad. 

Malgré tout ce qu’ils ont vécu, l’année 2020 aura été l’une des plus difficiles pour la famille d’Ahmad. « Nous avons fui la Syrie pour trouver la paix et la sécurité. Aujourd’hui, nous traversons une crise économique, subissons la flambée des prix et faisons face à une pandémie. La vie pourrait difficilement être plus dure pour nous », confie Neema, la mère d’Ahmad. 

Le père d’Ahmad est ouvrier agricole et ces jours-ci, il s’estime heureux de trouver du travail toutes les deux ou trois semaines. 

« Notre survie dépend de l’aide humanitaire. Je souhaite juste que la situation économique s’arrange pour que nous puissions retrouver une vie normale », explique Neema.

Vision Mondiale, en partenariat avec l’UNICEF et des financements gouvernementaux des États-Unis et du Canada, approvisionne la communauté d’Ahmad en eau par camion-citerne et leur fournit des services de vidange et des séances de sensibilisation aux bons gestes pour se protéger contre la COVID-19. La famille d’Ahmad a reçu des masques en tissu, des désinfectants et des savons. 

« J’espère qu’un jour, ce virus disparaîtra pour que nous puissions reprendre une vie normale, comme avant. Mais jusqu’à ce que ce jour arrive, je vais continuer à apprendre et à étudier pour avoir un meilleur avenir », explique Ahmad. « Je ne vais pas laisser ces difficultés me décourager parce que je suis optimiste et je sais que ce n’est qu’une phase et qu’elle passera. »

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