Par Charles Clayton
Le conflit extrêmement violent qui a éclaté à Gaza le 27 décembre a dévasté des familles et entraîné la mort de plus de 250 enfants. Charles Clayton, directeur pour Vision Mondiale à Jérusalem, en Cisjordanie et à Gaza, décrit la situation des familles prisonnières du conflit. Crise humanitaire L’ampleur de la destruction découlant de l’escalade de la violence est sans précédent. La vie de pratiquement chaque enfant vivant à Gaza et de chaque enfant israélien habitant les zones susceptibles d’être attaquées est en danger depuis la recrudescence de la violence suite aux attaques à la roquette lancées par le Hamas sur Israël et les frappes aériennes par l’armée israélienne sur la bande de Gaza. Le samedi 3 janvier, Israël a envoyé des troupes terrestres à Gaza. Le jeudi 8 janvier, le conseil de sécurité des Nations Unies a adopté la résolution 9567 réclamant un « cessez-le-feu immédiat, durable et pleinement respecté entraînant le retrait complet des forces israéliennes de Gaza », de même que « la fourniture et la distribution sans entraves d’aide humanitaire à travers la bande de Gaza, incluant des vivres, du carburant et des soins médicaux. » Pourtant, la violence n’a pas relâché, 40 frappes aériennes se produisant dans la nuit du vendredi 9 janvier au samedi 10 janvier. Les frappes aériennes et les combats au sol se sont poursuivis vendredi, même durant la pause de trois heures, aucun des deux camps n’ayant respecté la soi-disant période temporaire d’accalmie. Environ 21 200 personnes sont déplacées dans la bande de Gaza et de vastes régions sont toujours sans électricité, ce qui nuit au fonctionnement des puits et des pompes pour le relèvement des eaux usées et entraîne l’accumulation des déchets solides dans les rues de Gaza. Vision Mondiale emploie actuellement 10 membres de la population locale à temps plein dans les régions de programme du nord et du sud de Gaza. Nous avons appris qu’ils sont tous sains et saufs. Il est toutefois trop tôt pour savoir si c’est également le cas des 4 240 enfants inscrits au programme de parrainage. Selon le ministère de la Santé, entre le 27 décembre et le 9 janvier, 800 Palestiniens ont été tués, dont environ 42 % sont des femmes et des enfants, et au moins 3 300 ont été blessés. Plus de 250 enfants ont été tués. Depuis le lancement de l’opération au sol, le 3 janvier, le nombre de décès d’enfants a augmenté de 250 %. Treize Israéliens ont été tués, dont neuf soldats et trois civils par des tirs israéliens. Le nombre de blessés israéliens est pour l’instant inconnu. La flambée de violence sans précédent fait suite au blocus de 18 mois imposé par Israël qui a paralysé l’économie de Gaza et exacerbé la crise humanitaire qui avait déjà réduit de nombreuses familles à une pauvreté abjecte. La fermeture des frontières et la restriction des déplacements empêchent l’aide d’atteindre les personnes qui en ont le plus besoin. Avant même le 27 décembre, les infrastructures de la santé et les infrastructures hydrauliques et énergétiques étaient sur le point de s’effondrer. De nombreuses attaques contre des membres du personnel et des installations de l’ONU, au cours des derniers jours, ont révélé une réalité effrayante : dans la situation actuelle, aucun travail humanitaire ne peut être effectué en toute sécurité. Le lundi 5 janvier, deux écoles de l’UNRWA, où des centaines de personnes déplacées s’étaient réfugiées, ont été bombardées par l’armée israélienne — et au moins 33 civils palestiniens ont été tués. Un chauffeur de l’ONU a également été tué le jeudi 8 janvier, ce qui a poussé l’UNRWA à suspendre tous les aspects de ses opérations de secours nécessitant le déplacement de personnel et de marchandises. L’ONU réitère qu’« il n’existe aucun endroit sécuritaire dans la bande de Gaza — aucun refuge, aucun abri contre les bombardements et que, puisque les frontières sont fermées, les civils n’ont nulle part où aller. » Plans de secours de Vision Mondiale À Gaza, toute l’attention a été reportée à cette intervention d’urgence. Vision Mondiale travaille à obtenir des trousses familiales d’urgence qui seront distribuées à quelque 8 000 familles, soit environ 50 000 personnes habitant les communautés de développement communautaire (ADP) dans le nord et le sud de Gaza. Ces trousses d’urgence contiendront des aliments de base, de même que d’autres nécessités de la vie (telles des couvertures et des chandelles). Vision Mondiale espère faire parvenir ces fournitures à Gaza dans le cadre des opérations logistiques dirigées par le Programme alimentaire mondial. Dès que les combats auront pris fin, Vision Mondiale lancera son travail de rétablissement. Ciblant un échéancier de six à neuf mois, l’intervention de secours de Vision Mondiale viendra s’ajouter aux efforts d’autres organismes humanitaires et de l’ONU afin de remettre sur pied les services de base à Gaza. Une évaluation sera faite et des activités spécifiques répondront aux besoins des communautés. Le travail de secours sera effectué en gardant à l’esprit les principes de développement viable ; la priorité sera accordée à des activités exigeant la participation active des communautés et des interventions psychosociales aideront les enfants et leurs gardiens à affronter de façon positive les traumatismes vécus. Suite à cette période initiale de secours, Vision Mondiale s’efforcera de revenir à son travail principal de développement transformationnel par le biais de ses programmes de développement régional à long terme. Défenses des droits de Vision Mondiale Vision Mondiale, un organisme humanitaire centré sur l’enfant, se préoccupe fortement des répercussions durables de cette violence sur les populations touchées, tout particulièrement les enfants et les personnes âgées, qui sont les plus vulnérables. Vision Mondiale continue à prier toutes les parties de s’engager de nouveau à respecter un cessez-le-feu immédiat et de parvenir à une solution pacifique à la crise actuelle ; elle leur demande également de renoncer à la violence. Vision Mondiale a demandé de lever le blocus de 18 mois qui isole 1,5 million de Palestiniens et a dévasté l’économie de Gaza, suspendu les services et forcé la population à dépendre entièrement de l’aide humanitaire. Les organismes humanitaires doivent obtenir un accès inconditionnel et sécuritaire pour pouvoir venir en aide aux personnes nécessiteuses. Toutes les activités humanitaires ont été suspendues durant deux jours suite aux attaques israéliennes contre des membres du personnel et des convois de l’ONU et contre des civils cherchant refuge dans des installations de l’ONU. Bien que le corridor humanitaire ou pause de trois heures procure un bref répit à la population, il n’est aucunement synonyme de sécurité et pour plusieurs raisons, empêche la reprise des opérations de secours. Vendredi, soit le troisième jour durant lequel il devait y avoir une pause dans les hostilités, des affrontements aériens et terrestres par les deux parties se sont poursuivis à des niveaux semblables aux 21 autres heures de la journée. De plus, un convoi de l’ONU a été attaqué jeudi durant la soi-disant pause de trois heures, qui est donc une solution inadéquate. L’aide humanitaire doit avoir un accès libre, sécuritaire, sans entraves et à longueur de journée pour venir en aide à ceux qui en ont le plus besoin. Vision Mondiale continue à tenir toutes les parties au conflit responsables de la protection des droits des enfants. La vie de chaque enfant de Gaza est actuellement en danger. La sécurité des enfants israéliens habitant les régions voisines de la frontière entre Israël et la bande de Gaza est également menacée. Vision Mondiale s’inquiète de plus en plus des répercussions psychologiques durables de la crise actuelle alors que des rapports signalent à quel point le traumatisme grave vécu par les enfants de Gaza est horrifiant. La Convention relative aux droits de l’enfant stipule que les parties étatiques ont l’obligation, dans le cadre de la loi humanitaire internationale, de protéger les enfants. Israël, à titre de signataire de la Convention, doit prendre toutes les mesures réalisables pour assurer la protection et les soins des enfants touchés par un conflit armé. Les acteurs non étatiques, tels que le Hamas, sont également liés par les dispositions de la loi internationale à observer les droits spéciaux des enfants à la protection. Toutes les parties contrevenant à ces lois devraient être tenues responsables de leurs actions. Aidez à offrir des secours à des familles touchées par le conflit et par des catastrophes. |