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World Vision Canada
La tragédie de la traite

Katie Chalk, auteure et chercheuse, travaille pour Vision Mondiale dans la région Asie-Pacifique depuis quatre ans.

Mes recherches pour un article sur la traite de personnes m’ont amenée dans la ville frontalière de Poipet, au Cambodge.

Cet article a certainement été le plus troublant que j’ai jamais eu à écrire avec Vision Mondiale. La plupart des habitants du Cambodge savent bien que ce fléau sévit dans leur pays ; pourtant, rares sont ceux qui veulent en parler.

Le problème
La traite de personnes équivaut à l’esclavage moderne. On parle de traite lorsqu’une personne est forcée ou amenée par la ruse à devenir esclave ou servante. Elle peut travailler pour rembourser une dette qu’elle n’a pas elle-même contractée, une dette familiale par exemple, ou rembourser le prix que le trafiquant a payé pour s’assurer ses services.

L’ampleur de ce problème est catastrophique. On estime qu’à travers le monde, la traite réduit plus de 27 millions de personnes à l’esclavage. Nombre d’entre elles sont des enfants, car ils sont vulnérables, de nature confiante et se vendent cher comme esclaves sexuels.

La traite de personnes est devenue l’un des crimes les plus payants au monde ; elle se classe en troisième place, derrière le commerce des armes et de la drogue. Et comme ceux-ci, la traite de personnes est une entreprise extrêmement organisée et transnationale. Parce qu’elle dépasse les frontières et se détecte difficilement, la traite de personnes n’est pas facile à enrayer.

Ça n’a rien à voir avec nous…
« Personne ne traverse clandestinement nos frontières », déclare un agent de la police frontalière cambodgienne. « La traite se fait par le biais du bureau d’immigration. »

Je suis donc retournée parler aux agents d’immigration.

« Il est absolument impossible que des gens passent illégalement par l’immigration », déclare un agent d’immigration cambodgien. « Pour ce faire, les agents thaïlandais et cambodgiens devraient être extrêmement corrompus. C’est plutôt à la frontière qu’ils traversent. »

En réalité, nous avons appris d’une source anonyme que chaque mois, des centaines de gens traversent les frontières volontairement et illégalement, passant par les rivières et par l’immigration. Jusqu’à la moitié de ces personnes sont des enfants trop jeunes pour travailler.

J’ai demandé à des gens qui avaient admis l’existence d’un problème : « Pourquoi certaines personnes vont-elles avec les trafiquants ? »

La réponse la plus courante est qu’elles sont pauvres. On m’a dit qu’au Cambodge, les travailleurs non qualifiés gagnent 3 $ par jour, mais qu’en Thaïlande, ils peuvent gagner 8 $ pour une journée de travail.

« Les enfants sont-ils victimes de la traite ? », ai-je demandé. « Oui », m’ont-ils répondu, ajoutant toutefois rapidement : « Mais jamais sous nos yeux. »

Vision Mondiale lutte contre la traite de personnes
Fureter dans les quartiers mal famés de Poipet semblait relever d’une enquête policière plutôt que du journalisme. Mais je dois admettre avoir brûlé d’envie de pousser plus loin en utilisant toutes mes ressources journalistiques dans le but de démanteler les réseaux criminels.

En réalité, Vision Mondiale s’attaque déjà au problème. Les principales solutions consistent à défendre les droits des personnes, collaborer étroitement avec les gouvernements des deux côtés de la frontière pour opérer des changements et enseigner aux communautés comment se protéger et comprendre leurs droits.

Vision Mondiale a formé et rejoint des coalitions qui encouragent les gouvernements à ratifier et à faire observer les lois, incluant l’audacieuse loi thaïlandaise adoptée l’an dernier, qui reconnaissait enfin que les garçons et les hommes pouvaient être victimes de la traite.

L’an dernier, Vision Mondiale a également offert un atelier aux autorités frontalières à Poipet, où les agents thaïlandais et cambodgiens présents ont découvert les causes, les répercussions et l’ensemble des lois touchant à la traite de personnes.

De nombreux agents de police que nous avons rencontrés ont fièrement déclaré avoir participé à l’atelier.

« Il ne fait aucun doute que la situation s’améliore », nous indique une source anonyme.

Ce n’est pas le moment
Ce n’est pas le moment de se reposer sur ses lauriers. Poipet est toujours une petite ville transitoire, sale et plus ou moins anarchique. La pauvreté pousse encore les gens à prendre des risques qui leur coûteront cher.

Nous avons rencontré Phu Pean, une grand-mère qui reste à la maison avec ses deux petits-enfants ; sa fille traverse chaque jour la frontière thaïlandaise pour fabriquer des chaussures, ce qui lui donne deux bahts la paire.

« Quand les enfants devraient-ils commencer à travailler ? », lui ai-je demandé.

« Dès qu’ils parlent, répond-elle. Ils peuvent alors se débrouiller. »

« Vos petits-enfants parlent », lui ai-je dit. « Les enverriez-vous vivre et travailler en Thaïlande ? »

Elle réfléchit. « Oui, dit-elle. Mais je ne sais pas comment trouver les gens qui les embaucheraient. »

Au moins m’a-t-elle répondu franchement.

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« Les enfants sont-ils victimes de la traite ? », ai-je demandé. « Oui », m’a-t-on répondu.
Photo : Mathira Sutiwatananiti, Vision Mondiale.
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