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Journal du Congo

Par Anna Ridout

Anna Ridout, agente des communications pour Vision Mondiale, travaille actuellement en République démocratique du Congo.

Le 7 avril 2009
À mon arrivée en République démocratique du Congo (RDC), il y a cinq mois, tu pouvais à peine bouger tellement la foule de journalistes, photographes et équipes de tournage était dense. Tous étaient venus faire un reportage sur le déplacement en masse de 250 000 Congolais forcés à fuir leurs demeures en raison des conflits opposant les troupes gouvernementales au CNPD, un groupe de rebelles principalement tutsis dirigé par le général Laurent Nkunda.

Depuis, une série d’évènements curieux a mené à l’arrestation de Nkunda, à l’intégration de ses troupes dans l’armée congolaise (récemment ennemies) et à un accord de paix dont l’ONU et son médiateur international ont été témoins.

Les donateurs et la communauté internationale ont commencé à voir la crise dans l’est du Congo comme un évènement passé, près de 300 000 personnes ayant déjà réintégré leurs maisons et leurs fermes pour la plupart détruites.

Il ne reste aujourd’hui que quelques journalistes dans l’est et le conflit continu entre le gouvernement et les rebelles extrémistes hutus fait rarement les manchettes, même cette semaine, alors que le BCAH, bureau de coordination des affaires humanitaires de l’ONU, annonce que plus de 250 000 personnes ont été déplacées depuis janvier.

Une histoire plus complexe qu’elle ne le semble
De nombreuses raisons justifient l’absence des manchettes d’il y a six mois sur le « résumé des nouvelles » d’aujourd’hui.

En 2008, Nkunda, le dirigeant rebelle ami des médias, avançait vers Goma, laissant ses hommes violer, piller et tuer. D’innombrables familles fuyaient vers la capitale provinciale, établissant de nouveaux camps aux abords de la ville. Sur la scène internationale, alors que Barack Obama, président américain nouvellement élu, séduisait le monde, tous se demandaient s’il changerait les choses dans des pays comme la RDC.

Cette année, les rebelles détestent être pris en photo. Lorsque des troupes rwandaises se sont alliées à l’armée congolaise pour surprendre un groupe de rebelles majoritairement hutus, les rebelles ont disparu. Ils se sont fondus dans les communautés ou ont temporairement cherché refuge sous le couvert des forêts denses du Nord Kivu. Dans l’Ouest, c’est la crise financière qui fait la une.

Différents groupes armés vivent toujours dans les communautés, terrorisant tous ceux qui les entourent. Dans un village situé à quelques heures de voiture de Goma, une association locale qui aide des femmes ayant été violées a enregistré 31 nouveaux cas de violence sexuelle au cours des trois premières semaines de mars.

Une paix illusoire
L’essentiel, qui devrait faire les manchettes, est que la paix n’existe pas dans l’est de la RDC. Je ne cesse de me demander pourquoi les tentatives répétées pour instaurer la paix semblent ne rien changer sur le terrain.

Il n’existe aucune réponse simple à cette question essentielle. Vous n’avez toutefois qu’à lire l’accord de paix signé le mois dernier pour mieux comprendre le problème.

Au cours des dernières années, plusieurs accords de paix ont été signés pour l’est de la RDC : le communiqué conjoint en novembre 2007, les Actes d’engagement en janvier 2008 et, plus récemment, l’Accord d’Ihusi.

Les opinions de citoyens ordinaires touchés par le conflit n’ont pas pesé lourd dans la balance. Ces accords de haut niveau ont été conclus par les éminences grises. Les recommandations populaires n’ont pas été incluses dans ces accords juridiquement contraignants.

Alarmes ignorées
Alors qu’une autre offensive est lancée, dans le Sud Kivu cette fois, on s’attend à ce que d’autres personnes soient déplacées. Des organismes d’aide, incluant Vision Mondiale, déclarent depuis plusieurs mois déjà que ce sont les civils qui paieront le prix de la mission contre les rebelles hutus et que celle-ci assurera peu ou pas de sécurité à long terme. Entretemps, la guerre contre les femmes et les enfants se poursuivra sûrement alors que les soldats doivent de nouveau se passer de leur solde mensuelle.

J’aimerais que la RDC soit rarement mentionnée dans les nouvelles internationales en raison de la paix monotone qui y règne.

Cela n’arrivera que si les gens dont les vies sont brisées par la guerre depuis si longtemps ont droit de parole durant le processus de paix. Sans eux, les accords ne s’attaqueront pas aux causes profondes du conflit et se révéleront sans pertinence sur le terrain.

Faites un don pour les efforts de secours qui aident des familles du Congo à rebâtir leur vie.
Une femme déplacée et son enfant reçoivent des vivres d’urgence de la part de Vision Mondiale dans l’est du Congo. Avec le déclenchement d’une autre offensive militaire, on s’attend à ce que d’autres personnes soient déplacées.
Photo: Stefan Trappe.
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