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Témoin oculaire : Congo

Par Horeb Bulambo

Horeb Bulambo est un agent des communications pour Vision Mondiale en République démocratique du Congo. Il est actuellement à l’intérieur des camps pour personnes déplacées.  

Comme des flots qui coulent sur un ancien lit des rivières tropicales, telle était l’avancée des déplacés fuyant les affrontements de Kibumba.

Kibumba est une localité située à 30km au Nord de Goma, servant de passage pour les activités de Vision Mondiale dans le territoire de Rutshuru. Kibumba est située sur un corridor des volcans géants des Virunga, et une partie sur le pied du volcan Mikeno.

Selon OCHA Est-Congo, avant novembre, la localité de Kibumba hébergeait environ 30 000 personnes dont 25 000 déplacés fuyant les combats au cours de l’année 2008.

Allant dans le sens contraire de la foule de ces déplacés, nous avancions avec la jeep tout terrain de Vision Mondiale comme des nageurs fendant les vagues à contre-courant.

Certains hommes, portant des enfants sur le cou et certaines femmes, avec un enfant sur le dos, transportaient des matelas et des biens dans de vieux pagnes.

Plusieurs enfants de moins de quatre ans ne pouvaient pas bénéficier du luxe d’être transportés car leurs parents étaient surchargés. La foule marchait vite, personne n’osait regarder derrière. Pieds nus, des petits enfants marchaient difficilement  sur les pierres volcaniques qui parsemaient le chemin.

Cherchant à savoir qu’est ce qui se passait, une femme portant un matelas sur sa tête et un bébé sur son dos répondit sans s’arrêter : « Les rebelles ont envahi la ville de Kibumba et l’armée régulière a battu retraite, le front semble avancer vers cette direction. » Elle n’avait pas encore terminé de parler quand un déplacé qui la suivait, de peut-être 70 ans, avec une barbe blanche dormante de deux semaines, compléta les paroles de la femme : «  Toute la localité se déplace. On n’a pas eu le temps de prendre les nécessaires, les coups de balle nous ont surpris très tôt le matin. »

Pendant que celui-ci racontait son histoire tout en marchant, un autre déplacé de guerre vint transportant un enfant sur son vélo, accompagnés de quatre autres de ses enfants, et s’arrêta à notre niveau laissant exprimer son regret : « Qu’avons-nous fait pour mériter tout ça ? Aidez nous à dire à ces gens que nous on n’a pas besoin de la guerre, on a que besoin de nos champs et de vivre tranquillement. La politique c’est pour les riches, nous sommes fatigués de leur manipulation, qu’on ait pitié de nous. Jusqu’à quand cette tragédie ? » Comme si c’était nous qui étions à la base de son malheur et il avança brusquement et s’éloigna derrière nous dans la marrée des autres déplacés.

Plus on avançait, plus la foule devenait concentrée sur le chemin.

L’avancée de notre véhicule était semblable à une paire de ciseaux  qui déchirent une étoffe de tissus.

Après avoir parcouru 28km, une pancarte nous annonçait l’entrée de ce qu’on devait maintenant appeler « ancien camp de Kibumba ».

À un millier de mètres à gauche, c’était une position militaire qui limitait le trafic de véhicules et le passage des populations.

Là nous trouvâmes quelques déplacés courageux qui continuaient à démanteler leurs tentes et emballaient leurs histoires. La plupart étaient des hommes.

Juste quand on voulait commencer une interview avec l’un de ces déplacés,  une série de détonations se fit entendre à un kilomètre faisant sursauter les déplacés qui fuirent laissant tout derrière eux.

C’était les FARDC qui lançaient des obus pour contrer l’offensive rebelle.

Nous avons décidé aussi de retourner car le front semblait avancer vers nous.

Comme nous étions en véhicule, nous allions dans le même sens que les déplacés. Mais nous devions déchirer cette foule qui marchait si vite qu’il fallait klaxonner à chaque dix mètres environ.
La situation humanitaire qui prévaut à l’Est du Congo est sans précédente.

Pendant que plus d’un million de personnes sont forcées de vivre en dehors de leurs maisons, villages, villes, pour fuir l’insécurité causée par la guerre ; plus de 5 millions d’autres sont morts de causes directes et indirectes de ce même désastre causé par l’homme.

Pendant que les travailleurs humanitaires se trouvent en train de répondre aux conséquences du cycle infernal de ce type de conflit, beaucoup pensent qu’il faut accentuer le plaidoyer pour s’attaquer aux causes de la guerre afin d’offrir une solution durable.

La communauté internationale ne doit pas se fatiguer, le monde humanitaire non plus. Le problème que présente la crise humanitaire congolaise est complexe et opaque. Un manque de plaidoyer efficace fait que des nombreux Congolais continuent à mourir silencieusement sans que le monde s’en inquiète.

Faites un don pour les efforts de secours de l’est du Congo afin d’aider les familles déplacées par ce conflit.

Vision Mondiale est sur place distribuant des articles de secours au Congo, où plus d’un million de personnes ont été déplacées/
Photo : Kevin Cook, Vision Mondiale
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