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« Les gémissements emplissaient l’air »
Willard Metzger, directeur des relations avec les églises pour Vision Mondiale Canada, était à la tête d’un groupe de bénévoles en voyage en Haïti quand un séisme a secoué son hôtel à Port-au-Prince mardi après-midi. Dans la nuit et le jour qui ont suivi, cet hôtel est devenu un hôpital de fortune – et une morgue. Voici le récit de ce qu’il a vu.

Par Willard Metzger

Deuxième nuit en Haïti :
Combien de temps avant de se sentir en sécurité la nuit?

C’est la deuxième nuit après le séisme, et les répliques semblent plus fortes qu’hier. À 2 h, une secousse a arraché les gens à leur sommeil. Ils se sont précipités dehors dans la nuit. Chaque tremblement relance le chœur des pleurs. Les chiens aboient et un enfant gémit dans le noir – un autre blessé. Comme parent, il est difficile de savoir comment protéger ses enfants.

Vous vous efforcez de faire des choses normales pour vos enfants, mais les murs endommagés de ce qui était auparavant votre maison ressemblent désormais à un piège. Chaque tremblement déplace encore plus les structures endommagées. Chaque tremblement ajoute à la liste des blessures et inflige plus d’incertitude. Combien de temps avant une nuit de repos? Combien de temps avant de vous sentir de nouveau en sécurité de dormir dans votre lit?

Les blessés graves ont été évacués en hélicoptère hier, mais les nouveaux blessés de la nuit doivent attendre le lever du jour. Les parents prient pour que les blessures de leurs enfants ne soient pas graves, mais quand même assez graves pour qu’ils soient amenés en hélicoptère jusqu’aux soins médicaux. Il est difficile d’espérer quand une blessure grave devient votre seul moyen de garantir la protection que vos enfants attendent de vous. La liste des blessés « pas assez graves » est paralysante : un homme avec des membres fracturés, un petit garçon avec l’œil droit fermé par l’enflure, une petite fille avec des égratignures au dos et une profonde entaille sur le dessus de la tête, la première couche de peau d’un petit doigt repliée.

Un jour normal, ces blessures vous briseraient le coeur. Mais cette nuit, vous poussez un soupir de soulagement : ils vont survivre. Les parents qui avaient espéré quelque chose de plus que des bandages sont déçus, mais au moins les draps ne sont pas étendus sur des corps sans vie. Peut-être que le soleil levant sur les collines remettra tout en perspective. L’espoir vient toujours plus facilement le jour.

La première nuit
Peu après que le tremblement de terre a pris fin, une brume de poussière s’est élevée dans le ciel et le bruit des lamentations a empli l’air. L’obscurité est tombée moins d’une heure plus tard, entravant les efforts de secours immédiats.

Les blessés commencent à arriver
Notre hôtel s’est rapidement transformé en clinique médicale de fortune. Les personnes ayant une expérience en secourisme d’urgence ont fait office de médecins. Des draps ont été déchirés pour faire des pansements, des chaises de piscine ont servi de civières et des plinthes arrachées ont été transformées en attelles. Cette clinique de fortune a fonctionné sous les phares de véhicules jusqu’à 22 h 45. Puis les choses ont semblé se calmer pour la nuit. Mais pas pour longtemps.

Vers 23 h, les blessés ont commencé à affluer à nouveau : une jeune fille extirpée des décombres, toujours dans son uniforme d’école d’où elle rentrait à pied, un jeune garçon avec une fracture de la cheville, le pied tourné vers l’extérieur. Il fallait replacer ces membres brisés avec guère plus qu’une main ferme, des draps déchirés et des plinthes brisées. Des cris douloureux se sont élevés dans le ciel étoilé.

Une autre secousse a remué le sol, envoyant ceux et celles qui pouvaient courir pêle-mêle au milieu de la rue, dans l’obscurité. Mais le mal était déjà fait et il fallait soigner les blessés. La rue était pleine de gens qui recevaient des soins médicaux pendant que des parents agitaient les mains et priaient Dieu pour qu’il accorde sa miséricorde à leurs enfants.

Des gémissements aux prières
La scène s’est poursuivie toute la nuit – les clients d’un hôtel, coincés, partageant la rue avec les lamentations des blessés. Après minuit, le bruit des gémissements lugubres a cédé la place à des cris de prière. Le bruit de la foule criant ses prières s’est élevé dans le ciel clair de la nuit. Vers 2 h 30, j’ai commencé à délimiter une zone près de l’entrée pour une morgue.

J’avais espéré l’arrivée d’équipes d’urgence avec le soleil d’une nouvelle journée. Au lieu de cela, l’aube a amené un flux encore plus lourd de blessés. Plus de draps déchirés en bandages, plus de mobilier transformé en attelles. Les secours d’urgence ne sont jamais venus. Il n’y en avait pas. Nos draps de lit, c’est tout ce que nous avions. Des draps et de l’empathie.

Le mercredi
Mercredi. Les blessés venaient par vagues tout au long de la journée. La rue est devenue une ville de tentes. La morgue s’est agrandie tout au long de la journée, les petits enfants alignés sur le trottoir, les petits draps incapables de couvrir la cruelle réalité.

Un flux d’hélicoptères a bourdonné au-dessus de nos têtes toute la journée. Notre petit coin de rue est devenu le point de départ d’un pont aérien d’urgence pour les gens très grièvement blessés. Nous priions pour que les draps puissent maintenir les victimes en vie jusqu’à leur transport aérien jusqu’à la sécurité. Des parents désespérés tiraient sur nos vêtements, même si nous tentions de leur expliquer que nous n’étions que des clients de l’hôtel. Mais nous étions les seuls à avoir des bandages, c’est pourquoi nous étions les seuls à leur donner espoir.

Ce que vous pouvez faire
Grâce à vos dons, Vision Mondiale peut distribuer des fournitures d’urgence aux familles, particulièrement aux enfants, en Haïti.

Willard Metzger est directeur des relations avec les églises pour Vision Mondiale Canada. Il décrit la situation en Haïti après le violent séisme qui a dévasté le pays.
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